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  • Les mythologies du 7 octobre : la réactivation des imaginaires antijuifs après le massacre et la guerre

Conférence

Le 6 septembre 2026, la Maison Rachi a eu l’honneur d’accueillir l’historien Georges Bensoussan à l’occasion de la présentation de son dernier ouvrage.

Devant un auditoire captivé, il a proposé une conférence passionnante consacrée à l’histoire du sionisme, à ses fondements et aux mécanismes de sa diabolisation. Qu’est-ce que le sionisme ? Selon Georges Bensoussan, il ne se résume pas à la seule volonté de créer un État juif. Il représente également la volonté de retrouver une dignité, de sortir d’une condition longtemps abîmée, fragilisée et marquée par l’effacement de soi. Le sionisme entend ainsi mettre fin à cette condition de « tête baissée », dans laquelle de nombreux Juifs furent contraints de dissimuler leur identité et leur judéité.

Cette aspiration s’inscrit dans une histoire ancienne. Israël est cité à de très nombreuses reprises dans le Tanakh et demeure profondément présent dans la tradition juive, notamment à travers le verre brisé lors des mariages, en souvenir de Jérusalem. Comme l’a rappelé Georges Bensoussan : ce n’est pas parce que l’on n’habite plus Israël que l’on n’est pas habité par Israël.

La renaissance de l’hébreu fut également déterminante. Longtemps utilisé par les rabbins pour communiquer entre eux d’un pays à l’autre, l’hébreu est redevenu une langue vivante et maternelle. Or, « la conquête de la dignité commence par la conquête de la langue ». En donnant une langue commune au peuple juif, cette renaissance a aussi contribué à faire renaître une nation et à redéfinir le judaïsme au-delà de sa seule dimension religieuse : il devenait possible d’être juif en dehors de la synagogue.

Georges Bensoussan est également revenu sur l’histoire de l’antisionisme et sur la manière dont le sionisme est progressivement devenu le point de cristallisation de multiples accusations et théories du complot. Il a rappelé que la diabolisation des Juifs et du sionisme avait notamment été portée par l’extrême droite nazie, avant d’être largement relayée, après la Seconde Guerre mondiale, par la propagande soviétique. La diffusion massive de brochures hostiles à Israël et aux Juifs a laissé une empreinte profonde et durable dans de nombreux esprits.

L’accusation de génocide portée contre Israël ne date d’ailleurs pas du 7 octobre 2023 : elle apparaît dès 1948. Employer ce terme poursuit, selon l’historien, un objectif redoutable : exclure Israël et les Israéliens de la communauté humaine, en leur attribuant le crime absolu dont les Juifs furent eux-mêmes victimes.

Pourquoi le sionisme suscite-t-il une telle hostilité ? Parce qu’il remet en question des représentations anciennes, profondément enracinées dans l’histoire religieuse et politique. Le christianisme est né du judaïsme et l’islam s’est également construit en lien avec lui. Le retour du peuple juif sur sa terre et sa reconquête de la souveraineté viennent ainsi bouleverser des siècles de récits, d’habitudes et de rapports de domination.

À travers de nombreuses références historiques et littéraires, de Chateaubriand à Lamartine, de Léon Blum à Proust, Georges Bensoussan a montré que la condition juive ne fut jamais une condition véritablement apaisée. De l’affaire Dreyfus aux persécutions subies dans différents pays, en passant par les massacres et les appels à la haine, la volonté d’émancipation et de souveraineté du peuple juif s’est construite en réponse à une histoire marquée par l’humiliation, la vulnérabilité et la violence.

Le conflit israélo-arabe, vieux de près de cent quarante ans, ne peut donc être compris sans cette profondeur historique. Il exige de dépasser les slogans, les simplifications et les lectures exclusivement contemporaines.

Une conférence dense, éclairante et profondément nécessaire, qui nous rappelle que comprendre le sionisme suppose d’abord de connaître l’histoire du peuple juif, son attachement millénaire à la terre d’Israël et sa volonté de retrouver sa dignité.

Car, comme l’a si justement exprimé Georges Bensoussan : « Nous ne pouvons pas ne pas être les enfants de nos pères. »