rachi-epris-samuel-abramovitch

Les Épris(es) de Rachi

Rachi et la langue française

Blog Rachi et la langue française

Voici un autre aspect des bienfaits d’ordre spirituel dont Rachi fut l’artisan. Il a en effet considérablement enrichi notre connaissance de la langue française telle qu’elle se présentait dans la langue champenoise du XIe siècle. 

Précisons d’abord que Rachi manier fort bien la langue française. les juifs de son temps d’ailleurs parlait le français mais n’écrivait qu’en hébreu, la langue sacrée, de même que les chrétiens de l’époque écrivait en latin, langue de l’église. Rachi dans un but pédagogique, traduisait en langue vulgaire les mots hébreux qu’il voulait expliquer pour éclairer le texte.

Ces mots écrits en caractères hébraïques mais phonétiquement en français, font partie intégrante du texte. Il y en a plusieurs milliers recueillis par le philologue Darmsteter.

L’intérêt de ces mots français est capital pour la connaissance de la langue champenoise du XIIe siècle car les rares documents que nous possédons de cette époque sont écrits en dialecte anglo-normand (chanson de Roland) ou Picard.

Rachi nous présente donc comme le plus lointain essai de dictionnaire de judéo-français du XIIe siècle

Imaginons un instant que nous accompagnons Rachi à Troyes, il y a quelque 900 ans.  

Soyons attentifs aux mots qui frappent nos oreilles.

Nous entendons prononcer les mots suivants : Saloud (Salutation), Vis (Escalier Tournant), Luces (lumières), Aledoirs(Balcon, mot à mot :  où l’on va), Plousors (Nombreux), Navredure (Blessure, Navré, avec le sens de blessé, a subsisté jusqu’au XVIIè siècle).

Ces mots suggèrent du moins quelques observations sur la langue française populaire du XIe siècle que nous fait connaître Rachi. 

  1. Certains vocables d’ailleurs expressifs, usités en Champagne il y a 900 ans, ont complètement disparu. Ainsi les mots Vantance (Fierté),  Astordisson (Désolation, ce qui étourdit et fait perdre la tête) ou Aprobement (Épreuve). C’est Rachi qui nous a permis de les connaitre.
  2. D’autres mots ont subi une évolution sémantique et changé de sens : Ainsi le mot Vis n’est plus un escalier tournant comme à l’époque de Rachi, et comme dans beaucoup d’autres mots, on reconnaît comme en filigrane sa forme latine : Vis de Vitis, la vrille de la vigne.
  3. Beaucoup de mots indiquent une influence dialectique des pays de la langue d’Oïl, ou normande. On prononçait à Troyes, Perka et non Perche (étendard au XIe siècle) Furka et non Fourche.

Bref, on peut dire que Rachi a tout fait pour que l’on sut qu’il était de France et il a rendu à la France, qu’il avait reçu d’elle