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Lorsque Simone Veil – alors première présidente de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah – autorisait le financement de voyages scolaires à Auschwitz-Birkenau, elle exigeait qu’ils se fassent en hiver. Et pour cause ! La maison Rachi, en partenariat avec le CDAD Aube et la DSDEN, avait organisé en ce début d’année scolaire 2023, un premier concours portant sur le devoir de mémoire.

Mickaël Amar, le jeune rabbin de la communauté Rachi en avait inspiré le sujet : « Entre mémoire et oubli, le devoir de mémoire est-il encore une nécessité ? ». Les élèves des établissements scolaires Chrestien de Troyes et Marie Curie avaient dû faire preuve à la fois d’originalité et de solides connaissances pour concourir et remporter la palme. Sur 14 équipes de 4 élèves, 4 purent participer ainsi avec leur accompagnateur à un voyage complètement hors du temps, qui marquera assurément leur vie.

La récompense proposée par René Pitoun – président de la maison Rachi – consistait à prendre part au voyage annuel organisé par le Grand Rabbin de France, Haïm Korsia, depuis plus de 10 ans. Un voyage à Auschwitz, en compagnie de 180 autres personnes, venant de toute la France et de milieux divers.

Novembre 2023 à Auschwitz

Cette année, parmi les personnalités présentes au voyage, figuraient Esther Senot, rescapée de bientôt 96 ans, Patricia Miralles, ministre de la Mémoire et des Anciens Combattants, Elie Korchia, président du consistoire central, et bien d’autre personnes encore, dont beaucoup de scolaires.

La journée en Pologne débuta par la visite d’une ancienne synagogue à Oświęcim. Ce fut bien sûr l’occasion pour le Grand Rabbin de France de célébrer l’office du matin en redonnant vie à cette synagogue-musée. Mais c’était aussi l’occasion de préparer les participants à ce qu’ils allaient vivre. Comme une première parenthèse dans cette journée, cet office célébrait la vie.

Et cette première étape fut sans aucun doute nécessaire. Il est traditionnel de dire que l’on ne sort pas totalement indemne d’une visite à Auschwitz. Les jeunes lauréats troyens le comprirent très rapidement. Avec une température extérieure de – 10 °, de la glace au sol et un vent glacial persistant, la progression jusqu’à la rampe du camp d’Auschwitz fut bien longue et pénible.

Là, les mots de Simone Veil prenaient tout leur sens. Comment comprendre ce qu’il se passait dans les camps d’extermination de l’Allemagne Nazie sans vivre dans sa chair, les agressions du froid polonais, de l’absence de sommeil et de la faim ? Des conditions de précarité extrême dès l’arrivée sur la rampe où s’effectuaient les tris.

D’un côté, les déportés susceptibles de travailler pour les nazis et qui demeuraient sursitaires pour un temps. De l’autre, les enfants et les personnes faibles ou vulnérables dont le sort funeste était scellé dès leur arrivée, instantanément, par un simple regard.

Une rescapée de 96 ans

Esther Senot, elle, arriva à Auschwitz a 14 ans. Elle était jeune et pleine de vie. Elle eut donc la chance d’être sélectionnée pour prolonger la rampe de la voie ferrée et ainsi permettre aux convois d’entrer directement dans le camp, au plus près des chambres à gaz et des fours crématoires.

Mais contre toute attente, malgré un séjour extrêmement long dans le camp alors que la moyenne de survie était de moins de 3 mois, Esther avait survécu. Elle était toujours là, présente, à raconter son histoire à toutes les personnes qui voulaient bien lui accorder un peu d’attention. Elle racontait l’ambiance dans les camps, la mort au quotidien, les 17 membres de sa famille exécutés sommairement mais aussi son incroyable capacité de résilience qui faisait qu’elle avait bien largement survécu à ses bourreaux, en cette fin novembre 2023.

Malgré les conditions extrêmes de cette visite, elle continuait à survivre, presque plus vaillante que bon nombre de participants, comme si le temps n’avait pas de prise sur elle. Elle continuait à gagner son combat contre la mort. Elle en avait simplement perdu le sommeil.

Un froid glacial pour compagnon

Ses explications dans le froid glaçaient toute l’assemblée. Mais elles étaient nécessaires voire indispensables. Les jeunes générations présentes ce 30 novembre dernier pouvaient ainsi répondre, grâce à cette expérience in vivo, à la question de la nécessité de cette mémoire de la Shoah.

La journée se clôtura par une seconde parenthèse, lorsque le Grand Rabbin Haïm Korsia célébra une cérémonie oecuménique en fin de journée, en présence des officiants des autres religions.

Pour bien marquer ce voyage, il fit entendre à l’assemblée réunie à proximité du camp de Birkenau, le son du Shofar, la corne de vie, comme s’il était indispensable de promouvoir au quotidien la lutte contre la barbarie et l’inhumanité au profit du respect de la vie humaine.

C’est bien vivants que tous les participants de ce voyage hors du temps rentrèrent à Troyes, avec dans le coeur, le corps et l’âme, la certitude d’avoir vécu avec Esther, une journée hors-normes.